NE MÉGOTONS PAS

A Clichy , comme ailleurs, fumer peut-être source, sinon de conflits, du moins de problèmes de cohabitation . Certes, la loi du 9 juillet 1976 (déjà !) nous apprenait que fumer est dangereux pour la santé ; comme si les fumeurs l’ignoraient…D’ailleurs, grâce à nos amis fumeurs, le marché du travail, en particulier dans le milieu médical et paramédical ( hôpitaux, centres anti-cancéreux, pompes funèbres…) prospèrent.

Mais là n’est pas mon propos : il ne m’appartient pas d’émettre un quelconque jugement sur le fait que certain(e)s sont accros des clopes, cibiches, et autres produits de l’herbe à Nicot. Non ! ce qui me dérange, c’est de piétiner, surtout à la belle saison, des vieux trucs baveux, des filtres dont paraît-il, la durée de vie se compte en décennies, voire de subir le graillonne ment catarrheux autant que glavioteur d’un ou d’une futur(e) client(e) des institutions sus-nommées.

Ce que vraisemblablement nous savons moins, c’est que la cigarette telle que nous la connaissons est relativement récente. D’après nos dictionnaires, le mot « cigarette » apparaîtrait en 1831, chez Balzac ; mais les dictionnaires, (surtout Littré) , sont en général en retard sur la réalité. Car on trouve ce mot vers 1829 dans les « Scènes Populaires » d’Henri Monnier. L’objet cigarette, lui, serait venu d’Espagne en 1810, suite à l’expédition (calamiteuse) de Napoléon 1er. L’ Encyclopédie du tabac et des fumeurs (Paris 1975) nous apprend qu’en 1845 est inventée –et vendue- la première machine d’appartement ( ?) à rouler les cigarettes, la Cigaretta-Factor. Quel progrès, par rapport à la « roulée-main » baveuse de la salive du « rouleur » . Et encore, rien à voir avec la « toute cousue », donc manufacturée, que nous connaissons aujourd’hui, laquelle serait apparue vers 1900. La sèche , puisque non mouillée par la langue du fumeur, daterait à peu près de la même époque.

Toujours vers 1870/1890 naît le mot cibiche (voire sibiche et sibigeoise) valorisé par Georges Courteline et ses dames de petite vertu ; mot aujourd’hui tombé en désuétude.

Comme écrit plus haut, avant 1914, on chiquait, prisait (même les femmes, vive la parité), on fumait des pipes (en terre) qu’il fallait « culotter », on appréciait les petits cigares qui puaient comme ce n’est pas permis, d’où leurs surnoms populaires de crapulos, infectados, voire « Londrès du vidangeur » nous apprend le linguiste Jacques Cellard (Le Monde, 01/06/1980).

pipe

smocking

Plus récemment, naît le mot « clope » (1902), signifiant d’abord mégot de cigare ou cigarette, de genre masculin, puis au féminin, la cigarette elle même ; des clopinettes, au sens de rien du tout étant une extension populaire parfaitement justifiée ; « des clous, des clopes » nous dit le Robert.

Le mot « pipe » pour cigarette n’est pas non plus très ancien [1900 ?] (j’vais acheter des pipes) ; après tout, fumer une pipe ne signifiait pas fumer l’objet lui-même, mais son contenu ; un peu comme « boire un verre ».

Quant au « mégot », (attesté dès 1872) , fils de Gauloise comme nous le disions en plaisantant, il est presque devenu un vocable littéraire…mais ne mégotons pas.

Alors, amis fumeurs, soyez gentils : ne jetez pas au sol vos mégots, clopes (au masculin), résidus de sèches ; fabriquez ou achetez un petit cendrier de poche…même si vous n’avez pas de poches (pardon…de fouilles !)

Claude RICHARD

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