Monsieur Marcus

 

Un jour, par hasard à Brazza, je suis tombé nez à nez

sur un monsieur très âgé,  hautain, massif,  teint basané.

Un vieux père, un pater,  abrasif,  persuasif, toujours prêt

à s’embraser, dégainer pour des affaires de grosses pépètes,

des belles paires de nénés et de fesses fermes de nymphettes.

ou  “suprême outrage !”

pour des marques de manque du respect dû à son grand âge

et à l’extrême sagesse acquise durant ses lointains voyages.

Avec son embonpoint et surtout son air chafouin

sur le coup il semblait sur le point de faire le coup de poing

ou du moins de faire du foin !

mais en fait , il n’en avait pas besoin

 

Car il savait captiver son audience,

franchement la tenir en transe ,

affirmant crânement

qu’il parlait mieux le français

que les petits français de France.

 

“Vraiment, il avait tout vu ce Mr Marcus !”

pourtant né tout nu au fin fond de la brousse,

Tout vécu , tout  connu : la rue, la faim, les micmacs,

les fric-frac,les femmes, le fric , le bac et enfin la fac !

Tout conquis , tout vaincu:

Les Afriques, les Europes, les Amériques.

Maintenant connu , reconnu de tous,

cossu ,rempli de ousses

et le corps  encore plein  de vigousse;

la vie, il se la coulait douce;

Toujours super, hyper bien sapé le pépé;

Champagné ! parfumé !

Et bel et bien accompagné par des  jolies poupées

qui on ne pouvait pas le nier,

étaient tirées du haut du panier.

 

il racontait ses études en France, en  Suisse et au Bénélux

où , seul près de Zuydcoote dans un kot dénué de luxe,

perclus de palud, pris de tremblote

il avait pris l’habitude d’étudier sous la lune

à la lumière tremblotante d’une lumerotte.

Buvant cul-sec,d’une traite pour ne pas dormir,

des tas de tasses de ristrette fort à en vomir,

Il nous avouait aussi les péts de shit , de hasch venant de Marrakech

fumés avec Margit, le sosie helvète de Raquel Welsh

tous les deux, dehors bien  à l’abri d’une bâche  sous la drache

ou encore,  blottis au fond d’une cache

afin  qu’à Gstaad … Chut !nul  ne le sache.

 

Il savait captiver son audience

franchement la tenir en transe

affirmant crânement

qu’il parlait mieux le français

que les petits français de France

 

il nous épatait  aussi avec ses histoires de  Canada,de cabane  ,de grands froids

de motos ou de scooters des neiges tombant en panne à chaque fois

qu’ il partait chez le dépanneur à pas d’heure

pour payer à sa blonde, son adorée,

de la poutine et des  bons pancakes à dorer au beurre

Vantant, à mots à peine couverts,

les vertus  d’une vamp  de Vancouver.

Une Wanda  aux yeux verts qui se maquillait avec de la poudre de riz

et pour laquelle devenu givré, fada, il allait bravant  les vents de la poudrerie.

 

Il savait captiver son audience

franchement la tenir en transe

affirmant crânement

qu’il parlait mieux le français

que les petits français de France

 

Puis le séjour en Haïti, ultime étape avant le retour au pays.

Le souvenir des fous rires dans les transports de Port-au-Prince,

Ces taptaps  tape-à-l’oeil et  tapageurs  assez semblables

à  nos taxis-brousses

et dans lesquels vont s’entassant courses après courses ;

lycéens, ouvriers agricoles, mamas en boubou,

belles de jour, de nuit créoles, esprits vaudous,

tontons macoutes, boucs,  zombies,,coqs de combats,

fumeurs de zeb  , joueurs de kompa etc…

 

Aimé NOUMA

 

Marcus*    : prononcez Marcouss

Aimé NOUMA

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